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Le Silence de Molière

Le Silence de Molière : une invitation à pénétrer dans le secret d’une vie. Giovanni Macchia a imaginé un dialogue entre un jeune homme fervent admirateur de Molière et la fille de ce dernier, Esprit-Madeleine. Si son existence fut bien réelle, on sait très peu de choses sur la vie de la fille de Molière (et de sa femme, Armande Béjart), sinon qu’elle choisit de fuir la scène, d’échapper à son destin pour se murer dans la solitude et un étrange silence. Enfant, elle refusa de jouer ce personnage de Louison, que son père avait écrit spécialement pour elle dans Le Malade imaginaire, comme si la vérité du plateau était une souffrance difficilement supportable.

Dans cette rencontre fictive, elle devient à son tour un personnage, s’extirpe à son corps défendant de ce silence qui la protégeait, pour nous faire découvrir son aversion et son amour du théâtre, comme une pierre brûlante qu’elle aurait gardée en son sein. Dans un décor de cellule monacale, Ariane Ascaride, tout en retenue et en justesse, transforme en touchante héroïne ce personnage d’Esprit-Madeleine, tandis que s’élève la voix d’un récitant-narrateur, Michel Bouquet, comme une respiration dans ce huis clos où l’on explore finalement l’essence même du théâtre. Marc Paquien met en scène une réflexion mélancolique sur la cruauté du théâtre qui dévore la vie, sur la difficulté d’exister lorsqu’on est la fille d’un saltimbanque et d’un génie. 

La loi des prodiges

Le fantasme de Rémi Goutard ? Un monde débarrassé de ses artistes qui n’ont, selon lui, aucune utilité dans cette société imaginaire qui ressemble en tout point à la nôtre. Et le ministre va s’attacher à défendre sa réforme quitte à y perdre quelques plumes. Mais au-delà du personnage politique et de sa réforme drastique, qu’en est-il de l’homme ? Qu’est-ce qui a pu le pousser à imaginer un monde sans artistes ? Seul en scène, jonglant avec finesse et humour entre une vingtaine de personnages : un père schizophrène, une fiancée illuminée, un clown-mendiant ou encore un douteux psychanalyste argentin, sans oublier l’éternel contradicteur, le célèbre artiste-plasticien Régis Duflou…, François de Brauer se fait l’héritier naturel de Philippe Caubère et nous joue les épisodes-clefs de la vie intime et politique de l’invraisemblable… Rémi Goutard.
Un tourbillon irrésistible et, l’air de rien, un regard inquiet sur la place faite à l’art dans une société en mal de poésie.

La Locandiera

Le metteur en scène Marc Paquien souhaitait depuis longtemps réunir Dominique Blanc et André Marcon. C’est chose faite dans cette pièce enlevée et réjouissante. « Lorsque j’ai relu La Locandiera il y a quelques mois, confie-t-il, le rôle de Mirandolina m’est apparu, pour elle, comme une évidence. Elle en possède la légèreté, la lumière, mais aussi “l’ombre intérieure”, essentielle à ce personnage ». Pleine d’humour et d’espièglerie, cette comédie de l’amour est un spectacle où l’on rit beaucoup et d’où l’on sort revigoré, le cœur léger.

Florence au 18e siècle, la «locandiera» Mirandolina dirige un petit hôtel où séjournent le chevalier de Ripafratta, le marquis de Forlipopoli et le comte d’Albafiorita. Mais alors que ces deux derniers font une cour assidue à leur hôtesse, le chevalier, misogyne déclaré, jure de ne jamais tomber sous son charme. Il n’en faut pas plus à la bouillante Mirandolina pour s’ingénier à le rendre fou amoureux…

« Mon envie de mettre en scène La Locandiera est née de deux choses. La première est le souvenir du spectacle de Jacques Lasalle avec Catherine Hiegel, à la Comédie-Française, qui fut l’un des moments fondateurs de ma vie de spectateur et d’homme de théâtre. J’ai toujours eu un grand plaisir à revisiter ma propre mémoire et à la trahir aussitôt pour inventer de nouvelles lectures, de nouvelles projections imaginaires. Le théâtre n’est fait que de cela, de parcelles de mémoires qui laissent des traces, plus ou moins vives, et refont un jour surface dans le monde. La seconde chose est le désir que j’avais, depuis longtemps, de travailler avec Dominique Blanc. » – Marc Paquien

Trois Richard – Un Richard III

Dan Jemmett est l’un des metteurs en scène les plus créatifs de sa génération. Il aime détourner les classiques, particulièrement William Shakespeare, un de ses compatriotes. Souvenez-vous de ses précédentes créations présentées sur le plateau de la Maison des Arts : Shake, Dog Face, Femmes gare aux femmes, La Comédie des erreurs. Avec justesse et habilité, il s’empare des textes et les revisite de son humour… anglais. Cette adaptation de Richard III ne peut être que volcanique et inattendue.

« Voici ce que je peux en dire. Imaginez un trio comique des années 40 ou 50 qui se ferait appeler : Les Trois Richard ! Les Trois Richard, donc, proposent une forme de comique, disons, simple et populaire, fait de claques et de chutes imbéciles. Ils feignent la stupidité et se malmènent l’un l’autre. Ils portent des vieux complets étriqués et sont mal coiffés. Ils boivent et mangent beaucoup trop, tout en se disant que la bonne fortune peut leur tomber dessus à tout moment. Le spectacle que Les Trois Richard présentent s’intitule Richard III d’un certain William Shakespeare. Dans une version adaptée, bien évidemment, (…) C’est dire… Alors, enfermez vos enfants à double tour, accrochez-vous à vos chapeaux : cela promet d’être une sacrée soirée ! »

Dan Jemmett

Murmures des murs

Fille de, petite fille de, cette enfant de la balle a de qui tenir… Aurélia Thierrée fait ses premières apparitions dans les spectacles de ses parents. Elle se produit ensuite dans des music-halls de New York à Berlin, tourne avec le groupe culte The Tiger Lillies, joue au cinéma puis revient aux sources familiales, dans L’Oratorio d’Aurélia mis en scène par sa mère. Entre théâtre, cirque et danse, cette artiste unique et inclassable crée un univers poétique empreint d’illusion et de mystère.

Dans sa seconde création Murmures des murs, toujours mise en scène par sa mère, Aurélia fuit… Elle escalade des façades d’immeubles abandonnés, pénètre dans des appartements vides et se trouve plongée dans des vies qui ne sont pas les siennes. À partir d’objets de toutes formes, de manipulations, de décors transformables, Aurélia évolue au milieu de complices invisibles sur le sol et dans les airs, marchant et dansant au gré des sons et de la musique et nous conduit sur les chemins de l’imaginaire et du rêve.

Bab et Sane

S’inspirant d’un fait réel et à la demande des deux comédiens de la pièce, René Zahnd, directeur-adjoint du Théâtre Vidy-Lausanne, a écrit un huit-clos sur le thème de l’exil et de l’Histoire. Un récit dans lequel les deux personnages vivent une situation insensée et cherchent une raison d’être en se raccrochant à la parole et en tentant d’imaginer un avenir.

Bab et Sane, les deux gardiens chargés de l’entretien de la luxueuse demeure d’un président africain en Europe, restent cloîtrés dans la propriété après la chute du dictateur. Pourquoi n’usent-ils pas plutôt de la liberté retrouvée ? Parce qu’ils sont pris au piège des circonstances et qu’ils ne savent plus où aller, parce que le tyran a manipulé avec un art diabolique leur peuple et !’Histoire elle-même.
La saison dernière, j’étais par hasard à Vidy le soir de la dernière représentation de Mokhor de René Zahnd, mis en scène par Philippe Morand et interprété par Hassane Kouyaté. Je connaissais depuis longtemps le René Zahnd directeur-adjoint du théâtre de Vidy ; je découvris ce soir-là le René Zahnd écrivain et son écriture sensible, musicale, lyrique et sans enflure. Je découvris également Hassane Koyaté, comédien puissant et intuitif, de ceux qui expriment le suc d’une langue avec jubilation. Lorsque j’appris ensuite qu’il était du Burkina-Faso et issu d’une lignée de conteurs remontant au 13e siècle, je n’en fus qu’à moitié étonné.

Je discutai longuement avec Hassane, de son activité de conteur, de son travail avec Peter Brook, de l’Afrique, de la vie. Au bout d’une heure, le courant passant, il me parle d’un projet qui lui tient à cœur et qu’il voudrait réaliser avec son ami Habib Dembelé (très connu dans son Mali natal sous le surnom de Guimba et que j’avais vu dans Sizwe Banzi est mort monté par Peter Brook) : Bab et Sane, écrit par René Zahnd pour eux deux. Le souvenir que j’avais de Mokhor, la langue de Zahnd, l’enthousiasme d’Hassane, l’envie que je sentais naître de travailler avec ces deux comédiens : sans tergiverser plus longtemps, tout me poussa alors à dire oui !