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Tous les poètes habitent Valparaiso

Comment, par une incroyable supercherie littéraire, un poème écrit en français par un Suisse, est-il devenu en espagnol l’hymne de la résistance à la dictature au Chili ? Enquête.

Une histoire vraie, relatée dans une brève du journal Le Temps est le point de départ de la dernière création de la compagnie STT. Des chercheurs ont découvert qu’un même recueil de poésie avait été écrit par un certain Jean-Louis Martinez, fonctionnaire des Nations unies, poète à ses heures perdues, et par Juan-Luis Martinez, poète chilien adulé par tous les spécialistes de la littérature latino-hispanique. Tous deux ne se connaissant absolument pas. Si le recueil du poète suisse est resté confidentiel, celui de l’auteur chilien a connu une destinée toute autre, symbole de la chute du dictateur Pinochet. Cet ouvrage trouvera un écho inattendu dans la vie des personnages de cette pièce. Dans un décor coloré qui traverse les époques et les frontières (jusqu’au Chili), nous voilà embarqués dans une enquête où ces trois destinées finissent par s’entremêler. Entre manipulations, disparitions et rebondissements, leurs histoires évoquent avec humour le génie fabulateur de l’humain et la beauté des rencontres et hasards de la vie.

Rŭna

Et si le plus lointain voyage était celui nous menant à l’intérieur de nous-même ? Rŭna est un spectacle de théâtre poétique et chorégraphique, une invitation joyeuse à s’aventurer sur les chemins de nos émotions les plus intimes. Rŭna et ses « doubles » nous y entrainent dans un ballet de jeux imaginaires, pour s’y perdre et enfin, s’y trouver.

Tout commence par une maison en construction : deux danseuses agencent de légers bambous pour former une demeure fragile, en équilibre. Rŭna rentre chez elle et découvre ces deux inconnues qui s’affairent. Sont-elles des anges ou des amies imaginaires ? Étrangères d’abord, les trois jeunes femmes s’apprivoisent tant et si bien qu’elles finissent par épouser les gestes de l’une, ou terminer la phrase de l’autre. Ensemble, elles explorent la vie et le monde, découvrent l’agilité de leurs corps, et laissent surgir des émotions inattendues en se racontant des histoires insolites.
Comme un appel d’air, une moisson d’herbes folles, une célébration des libertés infinies de l’enfance, les trois danseuses comédiennes laissent place à leur force vitale, leur part sauvage, et découvrent leur sensibilité : toucher, ressentir, observer, écouter, intensément. Dans cette quête, elles se lient progressivement les unes aux autres pour ne finir par former qu’une personne, entière, unie et libre.

LATERNA MAGICA

Le spectacle Laterna Magica est une porte entrebâillée nous invitant à entrer dans l’intimité du génie Ingmar Bergman, figure du théâtre et du cinéma suédois. Une captivante visite de son monde intérieur… 

Cette adaptation du roman de Bergman, inédite pour la scène, explore sans complaisance le témoignage autobiographique : les souvenirs, les blessures et bonheurs de l’enfance, tout ce qui a finalement nourri la création de ce géant du cinéma. Avec un humour noir, il évoque l’enfance au presbytère, le rite des punitions et des sévices, sa mère d’une froideur nordique et son pasteur luthérien de père. Puis l’écriture, la musique, le théâtre et le cinéma apparaissent à l’adolescent Bergman comme de nouveaux mondes possibles, de grandes échappées. Lumineuse d’intelligence, parfois acide, cette pensée, façonnée par le désir, la frustration et la cruauté, dévoile ce que Bergman a pu chercher dans sa pratique du théâtre et du cinéma. Une façon de magnifier la terreur et le manque d’amour… Des confessions en clair-obscur que Dorian Rossel et Delphine Lanza campent dans une mise en scène ingénieuse où l’atmosphère feutrée, mystérieuse, est propice à la rêverie et à l’introspection.

De terribles confessions qu’on écoute bouche bée. – Le Point

L’oiseau migrateur

L’histoire racontée sur scène dans L’oiseau migrateur s’inspire de la rencontre et de l’amitié entre un enfant, Hervé, et un verdier, petit oiseau jaune et gris trouvé dans les bois. Ensemble, ils apprennent à chanter et à danser, et pendant huit ans, se nourrissent de leurs différences et de leurs ressemblances. Sur scène, deux baladins tombés du ciel, Hervé Walbecq et Marie-Aude Thiel, un homme-dessinateur et une femme-clown-musicienne. À travers un imaginaire bigarré, et presque sans paroles, L’Oiseau migrateur est une invitation à emprunter un chemin, quel qu’il soit. À opérer une migration. À l’intérieur comme à l’extérieur de soi, du connu vers l’inconnu, d’un territoire à un autre. 

VOYAGE À TOKYO

Poursuivons cette immersion dans la culture japonaise et sa manière d’appréhender les relations familiales. Dorian Rossel choisit ici d’adapter pour la scène le chef d’oeuvre cinématographique de Yasujiro Ozu, Voyage à Tokyo, réalisé en 1953. Ce film met en scène un couple de retraités qui décide de rendre visite à sa famille à Tokyo. Celle-ci est trop absorbée par le quotidien pour leur consacrer du temps. Rapidement après le long voyage en train du retour, la femme décède, sans avoir eu l’opportunité de côtoyer ses enfants une dernière fois. Ce scénario bouleversant et intemporel dessine une musique du temps qui passe et touche au coeur. La force de cette écriture passe par de petits détails qui dérivent sensiblement et révèlent l’éclatement de la cellule familiale avec humour et poésie. Dans le respect de la ligne épurée caractéristique des films d’Ozu, la scénographie se veut plus une installation qu’un décor réaliste, et les silences ou les métaphores évoquent tout autant que les mots. S’inviter dans le spectacle de manière suggestive, pour libérer l’imaginaire et l’émotion… Dorian Rossel et son équipe nous donnent à entendre cette partition a priori très sobre mais qui ouvre sur des révélations existentielles atteignant le spectateur au cœur de sa propre expérience. 
« Chez Ozu, tout nous est montré, rien n’est dit » D. Richie, Ozu, éd.Lettre du Blanc

Staying Alive

Quand deux troupes de théâtre se rencontrent, de quoi parlent-elles ? Du couple… Ainsi en va-t-il du projet Staying Alive. Le Teatro Due Punti, basé à Genève, a pour habitude de nourrir ses créations en invitant des artistes. Cette fois, son choix s’est porté sur Dorian Rossel et Delphine Lanza. Ils se sont rencontrés, se sont parlés, ont improvisé, jusqu’à développer un imaginaire commun : un nouveau spectacle. Placé sous l’égide, entre autres, de Jacques Tati et de Samuel Beckett, Staying Alive montre un couple à la vie tissée d’habitudes. Une cuisine. Dans cet espace fermé, un couple, aussi extraordinaire et aussi banal que n’importe quel couple, vit depuis toujours au rythme des gestes quotidiens. Jour après jour, saison après saison, l’homme et la femme exécutent rituellement les mêmes mouvements. Seul un troisième personnage vient interférer avec ce huis clos… Un spectacle qui observe avec délicatesse le quotidien, le questionne et porte un regard singulier sur le fonctionnement du couple. Une création qui s’annonce pleine de malice et de surprises.

Quartier Lointain

Refaire le chemin à l’envers pour mieux comprendre les failles du passé. Tel est le thème central de ce spectacle tiré de la très célèbre bande dessinée japonaise Quartier lointain, qui fait surgir les interactions sensibles entre les événements passés et la vie présente. Ce périple initiatique se vit comme un rêve éveillé captivant, un appel suprême à mieux se connaître et à suivre ses désirs. Autant de sujets qui ont séduit le metteur en scène, exalté sa curiosité et développé son goût pour les divers langages scéniques.

Au seuil de la cinquantaine, un homme, de retour d’un voyage d’affaires, fait un détour par sa ville natale. Il est alors projeté dans le passé où il revit l’année de ses quatorze ans dans son corps d’enfant mais avec sa conscience d’adulte. C’est l’occasion pour lui de délier un drame familial, de tenter de comprendre la disparition mystérieuse de son père survenue cette même année et de mieux analyser sa vie présente. Le metteur en scène Dorian Rossel a traduit les dessins de la bande dessinée Quartier Lointain en des tableaux théâtraux inventifs et ingénieux. Dans un décor épuré proche des dessins de l’auteur, il a réussi à reproduire l’univers délicat et subtil inventé par le dessinateur.