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Le Jeu de l’amour et du hasard

Revoici l’étourdissant ballet des intrigues, des enjeux de l’amour et des sentiments… Alors que leurs pères viennent de décider de les marier, Dorante et Silvia ne se sont encore jamais vus. Pour « examiner un peu » son prétendu, la jeune fille obtient de son père l’autorisation d’échanger ses vêtements avec sa suivante, Lisette. Mais le jeune homme a eu exactement la même idée : il arrive auprès d’elle sous le nom de Bourguignon, avec son valet, Arlequin, qui se pavane dans les habits de son maître. Une double manœuvre s’engage…Les sentiments naissant, si les domestiques rêvent d’ascension sociale, les maîtres paniqués sont vite rassurés : tout est bien qui finit bien, et tout rentre dans l’ordre. L’amour ne peut-il donc transgresser les lois tenaces de la société de classes ? Marivaux, fin observateur de ses pairs, est humaniste, mais non révolutionnaire. 

Le metteur en scène Benoît Lambert confie à quatre jeunes acteurs les premiers rôles de la plus célèbre comédie de Marivaux, Le Jeu de l’amour et du hasard. Dans une nature factice et un décor impressionnant, entre jardin d’hiver et laboratoire, ils rénovent le marivaudage, ce jeu de séduction qui, au-delà du badinage, est aussi l’expression de ce que l’amour provoque au plus profond de soi comme émotions. Art du langage qui raconte une histoire des affects, une histoire de lutte des classes et des sexes. À ce sujet, où en est-on du progrès ? 

POURQUOI PAS BRECHT ?

Deux hommes et une femme. Deux voix et un piano. Les deux hommes et la femme, les deux voix et le piano posent la même question :
POURQUOI PAS BRECHT ?
Il y a un comédien : Alain MERGNAT
Il y a une comédienne : Brigitte PILLOT
Il y a un pianiste : Jean-Marie SENJA
Ils se sont réunis pour monter un spectacle dans lequel un grand poète et dramaturge et un compositeur ont beaucoup à voir.
Le poète s’appelle Bertolt BRECHT
Le compositeur s’appelle Kurt WEILL…

LES BONNES

La chambre d’une femme riche. lit, commode, coiffeuse, profusion de fleurs. Cette femme parle à sa bonne avec une insolence outrée, sonnant faux. Elle lui manifeste une véritable haine, une violente répulsion. Parfois même le dialogue déraille carrément. Le ton, monté trop haut, fléchit, De brefs moments d’abandon Interviennent. Oubliant leurs situations respectives, les deux femmes se laissent aller jusqu’à se tutoyer, à donner des mar­ques d’une étrange complicité. Soudain vient le tour de la servante. Elle exprime, avec la même furieuse et invraisemblable violence, le dégoût de son humble condi­tion. A l’instant où, ayant atteint le paroxysme de la rage, elle paraissait être sur le point d’étrangler sa patronne, retentit la sonnerie criarde et déplacée d’un réveil. Le Jeu doit prendre fin. Car c’était bien un jeu. ou plutôt, les deux rôles étant tenus par deux bonnes. un psychodrame spontané. La vraie maîtresse mainte­nant va rentrer. Il faut tout ranger en vitesse. Oter la jolie robe, rendosser la vieille défroque, la vieille peau. Les bonnes, tout à coup, se sentent singulièrement lasses. Elles craignent qu’une négligence ne les trahisse. Elles se reprochent mutuellement leur impuissance et leur folie. Genet a souligné là un chose très Importante frustrées, malheureuses, les bonnes sont pleines de fiel. Elles se débattent en vain, chaque jour plus lourdes d’une rancune qui les empoisonne. Cette rancune, elles la crient. Cela les soulage un peu, mals ne les délivre pas. De même (et cette idée a déjà été soulignée par Brecht) la gentillesse superficielle, bon marché et com­plaisante de leur patronne ne leur met aucun baume au cœur. Cela lui est facile, clament-elles avec dépit. Elle est belle, riche, almée. Rien ne la contrarie. Qu’est-ce qui l’empêche de se payer, par surcroît, le luxe de la douceur et d’une relative bonté ? Cette petite joie s’ajoute à celles qu’elle a déjà. Démolir cet abri douillet où elle rosit et èngralsse. Provoquer sa déconfiture, sa débâcle. Voir cet aimable contentement se transformer en hargne crispée… La tentation est irrésistible. Les bonnes y succombent. Mals elles sont si mal armées, comment pourraient-elles réussir ? Condamnées à un demi-esclavage, elles sont en même temps réduites à une quasi-enfance, de sorte que, mal informées du monde et de ses lois, elles ne peuvent concevoir qu’un projet totalement dépourvu de réalisme, et qui échoue lamen­tablement…