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TIRÉSIAS

Et si le devin Tirésias avait parcouru les âges depuis sa Grèce antique, qu’aurait-il à dire à la jeunesse du 21ème siècle ? C’est ce qu’a imaginé Philippe Delaigue, s’inspirant à la fois de la mythologie et des préoccupations adolescentes contemporaines. Tirésias est devenu aveugle par la volonté divine mais il fut aussi doté d’un don incroyable, une ouïe extraordinaire qui lui a permis de décoder les chants émis par les oiseaux et ainsi prédire l’avenir. Il est devenu l’oracle de Thèbes, celui qui a mis Œdipe en garde dans ses projets, prédit à Créon la mort d’Antigone ou encore conseilla Ulysse dans son périple.

Le Tirésias d’aujourd’hui, accompagné de sa fille Mantô, poursuit sa mission de prophétie depuis son laboratoire, sorte d’observatoire sonore qui lui permet de répondre aux interrogations de ceux qui le sollicitent via Internet. Il sait, car sa vie fut longue, qu’il n’est point de meilleure prédiction que l’examen du passé et pioche dans toutes les grandes histoires dont nous ont nourris Ovide, Homère ou Sophocle pour nous raconter l’éternel recommencement de nos erreurs, nos angoisses, nos chimères et nos amours.

Comme un seul homme

Pour démarrer cette saison théâtrale, un coup de cœur rencontré au Festival d’Avignon 2001. Le ressort en est classique, la petite histoire simple, pudique et forte, celle d’un homme, d’un soldat qui après quatre ans d’absence à l’issue de la guerre, rentre chez lui­ dans la grande histoire.
Les retrouvailles avec sa famille sont difficiles et le capitaine de la garde sovié­tique ressent de nom­breuses émotions contradic­toires. De la joie pure d’être auprès des siens au terrible soupçon d’infidélité à propos de sa femme, jusqu’au senti­ment d’étrangeté face à ses enfants. Son fils est devenu un petit homme autoritaire et sa fille a peur de lui.

Avec beaucoup de réalisme et d’émotion, Andreï Platonov (1899-1951) brosse au plus près le tableau d’un quotidien populaire, où se lisent en fili­grane la souffrance et la dignité. Philippe Delaigue assume tous les rôles. Il est à la fois le narrateur, le père, le fils, la mère et la fille. Son jeu d’une grande justesse laisse entrevoir la souffrance et l’in­compréhension qui habitent chacun d’eux, épouse parfai­tement les nuances du texte et nous délivre un superbe message d’espoir.

«  À cette heure, l’automne qui les entourait était triste et morne. Le train qui devait les emporter chez eux se trouvait on ne savait où dans l’immen­sité grise. La seule chose qui put consoler et distraire Je cœur humain était un autre cœur humain. « 
Extrait de Comme un seul homme